ACCÈS LIBRE À LA RECHERCHE POUR UNE SOCIÉTÉ OUVERTE

Stevan Harnad
L'université du Quebec à Montréal

L'initiative de Budapest pour le Libre Accès à la Recherche (Budapest Open Access Initiative : BOAI)

Avec l'appui de l'Institut pour la Société Ouverte (Open Society Institute, OSI)


Pour être utiles, les résultats de la recherche doivent être utilisés. Pour être utilisés (c'est à dire lus, cités, appliqués et poursuivis), ils doivent être accessibles. Actuellement, il y a dans le monde 20 000 revues scientifiques à comité de lecture publiant plus de 2 millions d'articles chaque année. Chacun de ces articles est cédé gratuitement par les chercheurs-auteurs et leurs organismes de recherche dans le seul but d'être utilisé au maximum par d'autres chercheurs et ainsi d'augmenter son impact sur la recherche, au profit de la connaissance et de l'humanité. Cependant, l'accès à ces 2 millions d'articles annuels n'est possible que par payement. Ils ne sont donc accessibles qu'aux chercheurs d'une minorité d'organismes de recherche, et même les organismes les plus riches ne peuvent s'abonner qu'à une faible fraction de ces 20 000 revues. C'est comme si ces 2 millions d'articles avaient été écrits pour toucher des droits d'auteurs ou des honoraires, ce qui est le cas pour la plupart des écrits normaux, alors qu'au contraire, ces articles particuliers ont été cédés gratuitement par leurs auteurs et leurs organismes au profit de la recherche et de l'humanité.

En conséquence, l'accès à tous ces travaux par d'autres chercheurs, leur impact potentiel et le bénéfice pour la recherche, se trouvent réduits à cause des droits d'accès dont la plupart des organismes de recherche et des chercheurs dans le monde ne peuvent s'acquitter. Ces droits d'accès étaient nécessaires et donc justifiés à l'ère Gutenberg, celle de l'impression et de la dissémination du papier, à cause de ses coûts considérables et inéluctables. Mais aujourd'hui, à l'époque post-Gutenberg de l'édition en ligne, ces coûts énormes ont disparu. Ils ne sont plus de mise et sont en conflit direct avec les intérêts de la recherche, des chercheurs et de la société.

L'initiative de Budapest pour le Libre Accès à la Recherche (Budapest Open Access Inititiaive : BOAI) a pour but de fournir l'accès libre en ligne à toute cette littérature particulière. Deux stratégies complémentaires seront mises en oeuvre par la BOAI avec l'appui de l'Institut pour la Société Ouverte (Open Society Institute, OSI) de George Soros : (1) on donnera aux universités les moyens de mettre en accès libre le texte intégral de leurs propres articles de recherche (tels que publiés dans les 20 000 revues établies) en les auto-archivant en ligne dans leurs propres archives institutionnelles. (2) on soutiendra aussi les nouvelles revues qui offriront directement l'accès en ligne gratuit ainsi que les revues établies qui s'engageront à faire la transition vers un libre accès en ligne.

Il est tout à fait juste et digne que ce soit l'Institut pour la Société Ouverte de George Soros qui inaugure enfin cette initiative d'ouverture d'accès à cette littérature indispensable, au monde entier. L'accès libre est désormais possible, même déjà tardif, tout retard entraînant un surcoût pour la recherche et la société. Quel meilleur moyen d'ouvrir la société que de lui ouvrir l'accès aux fruits de sa science et de son savoir, déjà librement cédés par ses créateurs, mais jusqu'alors non-accessibles à ses potentiels utilisateurs? Il est juste aussi que cette initiative émane d'une partie du monde qui a connu trop bien et pendant trop longtemps les privations d'une société fermée qui ne pouvait accéder à l'information.

Traduit par Géraldine Rigou et Hélène Bosc